Un stage estival sur les ‘pleasure gardens’ anglais

Cet été 2020, le programme PuNaCa accueille un nouveau stagiaire pendant deux mois : Simon Malivoire, étudiant à Sciences Po Paris, à l’École du Louvre ainsi qu’en première année du master Muséologie des Sciences de la Nature et de l’Homme au Muséum National d’Histoire Naturelle.

La volière de Kew gardens, gravée par Sir William Chambers dans ses « Plans, Elevations, Sections et vues perspectives des jardins et bâtiments de Kew » en 1763, © wikimedia

Kew gardens

Simon Malivoire effectue une recherche documentaire sur la place des volières et des collections d’oiseaux dans les pleasure gardens britanniques. Ces lieux de sociabilité, tenant à la fois du jardin paysager et de l’établissement de divertissement, connurent un succès continu au XVIIIe et XIXe siècle, à Vauxhall, Chelsea puis dans tout le Royaume-Uni. Parcelles de nature réinventée — par des promoteurs privés — au sein d’une urbanité alors en pleine rénovation, les pleasure gardens témoignent du goût de l’époque pour la plaisance, l’exotisme et les rencontres. 

Les jardins Ranelagh de Chelsea vus par John Bowles en 1751, gravure sur cuivre, © Museum of London

 jardins Ranelagh

Au cours de ses recherches, Simon Malivoire s’intéressera, à travers les sources iconographiques et textuelles recensées,  aux différents enjeux liés à la présentation des oiseaux dans ces espaces hybrides qui préfigurent le développement d’une société de loisirs. Sa démarche, qui fera l’objet d’un rapport écrit, s’attachera à comprendre les modalités d’exposition de ces volières, la tradition architecturale et technique dans laquelle elles s’inscrivent, mais également le lien  métaphorique qu’elles tissent entre culture et nature, promenade et rencontres, regardant et regardé.

Un stagiaire dans les volières du Parc zoologique de Paris !

Durant trois mois en ce printemps 2020, le programme PuNaCa a le plaisir d’accueillir un stagiaire : Valentin Brillon, titulaire d’une licence de Biologie des organismes et des Populations de l’université de Lille, aujourd’hui étudiant en première année au sein du Master Muséologie des Sciences de la Nature et de l’Homme du Muséum national d’Histoire naturelle.

Soigneur nettoyant la lagune des flamants roses dans la grande volière « immersive » construite à l’occasion de la rénovation du zoo en 2014, Parc zoologique de Paris (Photo V. Brillon 2020)

Valentin Brillon a été intégré aux équipes du Parc zoologique de Paris et a pu suivre de près le travail des personnels en charge des volières durant plusieurs semaines, mais également observer les comportements des oiseaux et leurs interactions avec les publics…

Grande volière des rapaces à l’ombre du grand rocher, présente dès l’ouverture du zoo en 1934, Parc zoologique de Paris (Photo V. Brillon 2020)

Nous remercions chaleureusement Aléxis Lécu, directeur scientifique de l’établissement, ainsi que Fabrice Bernard, chef-soigneur, pour avoir rendu possible cette immersion.

Grande volière des rapaces, vue extérieure et couloir des loges intérieures, Parc zoologique de Paris (Photo V. Brillon 2020)

Valentin Brillon complète à présent son expérience de terrain par une recherche documentaire sur l’histoire architecturale des deux grandes volières du site.

Façade de la grande volière construite lors de la rénovation, Parc zoologique de Paris (Photo V. Brillon 2020)
Photographies aériennes de l’ancienne fauverie (2004) et de la grande volière (2014/2016) © Google Earth

En attendant la finalisation de son rapport de stage, voici comment il présente son travail en cours :

         « Les oiseaux font partie des collections de nombreux parcs zoologiques et cela depuis leur création. Pour les espèces volantes, les volières restent la solution la plus utilisée. Toutefois, en Europe, et notamment dans certains établissements français, leur présentation a évolué pour tenter de faire disparaître la sensation d’emprisonnement que procurent ces structures. Depuis plusieurs années, des zoos favorisent ainsi l’immersion de leurs visiteurs. Contrairement à une exposition d’animaux rémigés ou éjointés sur des îlots, les volières pénétrantes offrent, dans un volume déterminé, une semi-liberté aux oiseaux. Celle-ci est plus ou moins perçue par le public. L’histoire des collections du Parc Zoologique de Paris reflète ces changements. L’étude des structures dédiées aux oiseaux du zoo parisien permet de comprendre les enjeux qu’elles soulèvent. Une volière historique, située au pied de l’iconique rocher du parc, et une volière contemporaine, symbole du renouveau de l’institution zoologique, sont les éléments centraux de l’étude. Celle-ci s’intéresse à l’historique de ces structures, à leur architecture ainsi qu’à l’exposition d’oiseaux en leur sein. L’Homme est présent à chaque étape. Il façonne et entretient une vision de la Nature. L’immersion sur le terrain permet d’étudier la dynamique de celle-ci et d’appréhender les interactions humains-animaux. L’observation à distance des comportements préserve leur authenticité. Cependant, c’est au contact du personnel que les actions et les propos recueillis prennent tout leur sens » (Valentin Brillon, stagiaire PuNaCa).

Immersion dans le delta Sahel-Soudan, Parc zoologique de Paris (Photo V. Brillon)

« Encager le ciel »: un colloque romain très réussi

Colloque « Encager le ciel », premier jour à l’Académie de France à Rome-Villa Médicis (Photo M. Roustan)

Les 6, 7 et 8 février 2020, nous nous sommes réunis à Rome pour le colloque international Encager le ciel. Approches artistiques, historiques et anthropologiques des volières. Les jeudi et vendredi, les travaux ont pris place à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis, et le samedi à la Facoltà di architettura dell’Università della Sapienza. Nous tenons à remercier ces deux institutions pour l’accueil de l’événement et la contribution à son organisation. 

Visite du studiolo de la Villa Médicis (Photo M. Roustan)

En contrepoint des communications formelles et des débats, un temps d’échange a été animé au studiolo de la Villa Médicis par Géraldine Albers, restauratrice à l’origine de la redécouverte du décor de la « Stanza degli uccelli » dont elle a conduit la première phase des travaux de mise au jour et restauration des fresques. Par ailleurs, une conférence de Sergio Della Bernardina intitulée « Amour et cruauté. Les extases de l’oiseleur » est venue ponctuer l’une des journées.

Pour ce qui concerne les communications en elles-mêmes, le caractère pluridisciplinaire de l’objet de recherche « volières », qui avait présidé à la conception du programme du colloque, a confirmé ses promesses. Des disciplines aussi variées que la littérature, l’ethnologie, la géographie, l’archéologie, l’histoire, l’histoire de l’art, de l’architecture et des jardins ont été représentées durant ces trois jours. Toutefois, pour plusieurs raisons, notamment à cause de traditions disciplinaires et de réseaux trop cloisonnés, des disciplines aussi précieuses pour nous que la biologie, la botanique, l’ornithologie ou l’éthologie ont manqué à l’appel – contribuant à laisser apparaître l’expérience des oiseaux comme un univers qui nous échappe encore largement…

Outre cet anthropocentrisme, un fort ethnocentrisme européen a marqué le programme du colloque, malgré notre volonté initiale d’un vaste panorama géographique. Le monde des volières non européennes n’a été qu’entrevue lors de ces rencontres, grâce à quelques cas témoignant notamment de circulations littérales ou formelles entre l’Europe, la Turquie ou la Chine, qui sont apparues comme autant de perspectives de recherche à poursuivre. Il serait en effet à notre avis trop simple d’en conclure que la contention d’oiseaux vivants, que l’encagement du ciel (pour reprendre le titre du colloque) soit une spécificité occidentale. Ce serait courir le risque de faire de l’appropriation de la nature ou du collectionnisme des traits culturels propres aux sociétés européennes ou d’expliquer les pratiques observées en Asie du Sud-Est comme un jeu de miroir susceptible de réactiver un certain orientalisme. La réalité est à coup sûr plus complexe et l’hypothèse du caractère universel de la contention des oiseaux nous semble autrement plus heuristique.

Après la visite du studiolo, retour aux communications du colloque (Photo M. Roustan)

Les travaux du colloque ont fait apparaître la nécessité d’établir des typologies techniques, formelles et fonctionnelles pour mieux comprendre les constructions de volières, mais aussi d’approfondir la recherche sur le vocabulaire, le champ lexical et les usages métaphoriques suscités par ces aménagements pour mieux cerner leurs spécificités au regard des autres structures de contention pour les oiseaux vivants telles que les cages, les pigeonniers, les ragnaie de chasse, les enclos non couverts, etc. Les études de cas ont fait aussi émerger des principes communs, des logiques récurrentes et des tensions persistantes dans la conception des volières qui mériteraient d’être travaillés dans une double approche, monographique et comparatiste en sciences humaines. Entre miniaturisation et extrapolation, concentration et mise en abyme des structures, des « mondes » représentés et de leurs populations vivantes, les volières s’affirment au fil de nos investigations comme des objets hybrides, mais aussi comme des dispositifs expérimentaux et des agencements relationnels.

De notre point de vue, le colloque fut donc une réussite sur les plans scientifique et humain. La pluralité des disciplines et des approches, ainsi que la qualité des interventions, ont ouvert à chaque session sur de fructueuses discussions, à la fois denses et riches. 

Colloque international, Rome, 6-8 février 2020

« Encager le ciel : approches artistiques, historiques et anthropologiques des volières »

Jeudi 6 février 2020

Académie de France à Rome – Villa Médicis

9h                   Accueil des participants 

                       Stéphane Gaillard directeur par intérim Académie de France à Rome

9h30                Francesca Alberti, Flaminia Bardati, Julien Bondaz, Emmanuel Lurin, Mélanie Roustan

                       Introduction aux travaux du colloque

Session 1 – Des espaces pour les oiseaux

Présidence de séance : Patrizia Tosini

10h                 Jean Trinquier École normale supérieure, Paris

Les volières d’agrément du monde romain, entre nature et architecture

10h30             Antonella Pietrogrande Università di Padova

                        ‘Tordere’, ‘fasanere’, colombaie, voliere: gli spazi per gli uccelli nei giardini veneti

11h30             Jean-Baptiste Bing Maison du Patrimoine oral de Bourgogne

                        Apophatique de la volière : les « démonstrations de vol libre »

12h                 Vanessa Manceron CNRS, Paris

À ciel ouvert. Histoires entremêlées de grues et d’humains dans le jardin de la nature en Angleterre

Session 2 – Inspirations contemporaines

Présidence de séance : Mélanie Roustan

15h                  Cyrille Bret Haute école des arts du Rhin

Les installations-volières dans l’art contemporain : un agencement révélateur d’une recomposition d’un monde de l’art sous le signe d’interactions instables

15h30              Amanzio Farris Politecnico di Milano

Il volo moltiplicato. La voliera sospesa di V. Viganò e P. Porcinai alla X Triennale di Milano

16h                Anne-Gaëlle Weber Université d’Artois

                       Poétiques contemporaines de la volière        

17h                Discussion générale

Soirée : événement Villa Médicis

Vendredi 7 février 2020

Académie de France à Rome – Villa Médicis

Session 3 – Collections, savoirs, taxinomies

Présidence de séance : Claudia Cieri Via 

9h30               Nonaka Natsumi University of Texas

Framing Knowledge: Treillage, Birds, and Natural Science in Early Modern Italy and France, 1500-1700

10h                 Antonella Fenech CNRS, Paris

                      L’animal vivant et les collections d’art prémodernes

10h30            Christine Kleiter Kunsthistorisches Institut in Florenz – Max-Planck-Institut

Uccelli da gabbia o oggetti da studio? Uccelli esotici e la loro ricezione in arte e storia naturale nell’esempio di Pierre Belon 

Session 4 – Des humains et des animaux 

Présidence de séance : Julien Bondaz

11h30            Marie-Charlotte Lamy Université de Lausanne/Université de Montréal

Ennoblir l’animal pour ennoblir l’Empire : les oiseaux de Joséphine Bonaparte comme témoin d’une relation à la nature au tournant du XIXème siècle

12h                  Théophile Robert-Rimsky University of Aberdeen

Clipping wings, caging, aviaries: an anthropological viewpoint on domestication and modes of engagement with birds

14h-15h          Visite du Studiolo avec Géraldine Albers (réstauratrice)

Session 5 – Transferts et circulations

Présidence de séance : Emmanuel Lurin

15h                  Metin Alper Sapienza Università di Roma

Le uccelliere come un canale di scambi interculturali tra l’Est e l’Ovest del Mediterraneo

15h30              Ronan Bouttier Labex CAP, Paris

Les oiseaux du Céleste Empire. La volière du Jardin des Palais européens de l’empereur Qianlong

16h30             Frédéric Keck CNRS, Paris

Les aviaries au risque de la grippe aviaire : situation post-coloniale des volières en Asie du Sud-Est

  17h               Discussion générale

Samedi 8 février 2020

Sapienza Università di Roma, Faculté d’architecture

9h               Accueil des participants

Session 6 – Des objets métaphoriques 

Présidence de séance : Alberta Campitelli 

9h30               Elisabeth Antoine-König Musée du Louvre, Paris

« Dieu créa (…) tout oiseau ailé selon son espèce » … et les princes se les approprièrent dans des volières. Oiseaux, cages et volières dans les jardins princiers du XIVe siècle

10h                Lauro Magnani & Sara Rulli Università di Genova

« Cose fatte belle da la natura e da l’arte insieme… »: le uccelliere dei giardini genovesi come segno di una aristocrazia dominante

10h30             Alessandro Cremona Ville e Parchi storici della Sovrintendenza Capitolina     « Remedij contro la mestizia de’vecchi »: fontane, uccelliere e giardini romani nel Cinquecento tra diletto e meditazione. I casi di Villa Mattei e del giardino di Alessandro de Medici ad Templum Pacis

11h30            Iris Lauterbach Technische Universität/Zentralinstitut für Kunstgeschichte, München

                      Les volières des cours allemandes, 1700-1750 : collections, jardins, architecture

12h                  Paolo Cornaglia Politecnico di Torino

                       La voliera « nazionale » di Károly Kós nello zoo di Budapest: 1909

 13h                 Fin des travaux

Un partenariat : Académie de France à Rome – Villa Médicis ; Muséum national d’histoire naturelle ; Université Lumière – Lyon 2 ; Sapienza Università di Roma, Facoltà di Architettura ; Sorbonne Université – Faculté des Lettres et Centre André Chastel.

Organisateurs Francesca Alberti Académie de France à Rome – Villa Médicis ; Flaminia Bardati Sapienza Università di Roma ; Julien Bondaz Université Lumière – Lyon 2/LADEC et Centre Alexandre-Koyré ; Emmanuel Lurin Sorbonne Université/Centre André Chastel, Paris ; Mélanie Roustan Muséum national d’histoire naturelle/UMR Paloc, Paris.

Coordination Patrizia Celli Académie de France à Rome – Villa Médicis.

Comité scientifique Baudouin van den Abeele Université catholique de Louvain/FNRS ; Francesca Alberti Académie de France à Rome – Villa Médicis ; Adrian van Allen California Academy of Sciences, Berkeley ; Etienne Anheim EHESS, Paris ; Damien Baldin EHESS, Paris ; Flaminia Bardati Sapienza Università di Roma ; Julien Bondaz Université Lumière – Lyon 2 ; Cyrille Bret Haute École des Arts du Rhin, Mulhouse et Strasbourg ; Hervé Brunon Sorbonne Université/CNRS, Paris ; Alberta Campitelli Vicepresidente dell’Associazione parchi e giardini d’Italia, Roma ; Claudia Cieri Via Sapienza Università di Roma ; Allen Grieco Harvard Center for Renaissance Studies, Villa I Tatti, Firenze ; Frédéric Keck CNRS/Laboratoire d’anthropologie sociale, Paris ; Guy Lambert École nationale d’architecture Paris-Belleville ; Frédéric Laugrand Université catholique de Louvain ; Iris Lauterbach Technische Universität/Zentralinstitut für Kunstgeschichte, München ; Corinne Le Bitouze Bibliothèque nationale de France, Paris ; Emmanuel Lurin Sorbonne Université/Centre André Chastel, Paris ; Vanessa Manceron CNRS/LESC, Paris ; Anne Monjaret CNRS, Laboratoire IIAC-LAHIC, Paris ; Monique Mosser Sorbonne Université/CNRS, Paris ; Mauro Mussolin Kunsthistorisches Institut in Florenz – Max Planck Institut ; Natsumi Nonaka Illinois State University, Normal ; Mélanie Roustan Muséum national d’histoire naturelle/UMR Paloc, Paris ; Patrizia Tosini Università degli Studi di Roma Tre ; Anne-Gaëlle Weber Université d’Artois, Arras.

Un workshop parisien riche et varié

A gauche, visite de la Grande volière de la Ménagerie du Jardin des Plantes; à droite, séance de travail à la Bibliothèque nationale de France-site Richelieu (Photographies M. Roustan)

Les 8 et 9 juillet derniers, s’est tenu notre workshop parisien : au programme, une journée d’études interdisciplinaire et des visites : de volières, bien entendu, mais aussi une après-midi au Cabinet des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France-site Richelieu. Une occasion de rencontres, de découvertes et de belles discussions autour de problématiques communes ou chantiers à ouvrir…

Lundi 8 juillet 2019

Des présentations, des discussions… et une pause avec une visite de la Grande Volière du Jardin des Plantes accompagnée d’Aude Bourgeois, vétérinaire et coordinatrice de collection à la Ménagerie.

(Photographies M. Roustan)

Mardi 9 juillet 2019

Le matin au Parc zoologique de Paris, nous sommes accueillis par un soigneur spécialisé : visite de la volière « historique » consacrée aux rapaces et charognards, puis visite de la volière « immersive » dédiée aux oiseaux africains, érigée lors de la rénovation de 2014. L’après-midi, nous nous rendons à la réserve du Cabinet des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France – site Richelieu, où Corinne Le Bitouzé, conservateur, nous fait découvrir une sélection de documents

(Photographies M. Roustan)

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Appel à communication « Encager le ciel » : délai prolongé au 9 juillet

Appel à communications

Colloque international 

Encager le ciel : approches artistiques, historiques et anthropologiques des volières

Rome, 6-7-8 février 2020

Académie de France à Rome – Villa Médicis

Sapienza – Università di Roma, Facoltà di Architettura

Paris, Jardin des Plantes, Grande volière, vue actuelle – cliché Mélanie Roustan.
Giovanni Battista Falda, Orti Farnesiani(détail), 1685, eau-forte – collection particulière.
Saïgon, Jardin Botanique – La volière (détail),vers 1900, carte postale – collection particulière.
Johann Jakob Walter, Crécelle (détail), milieu du XVIIesiècle, aquarelle et gouache sur papier – Strasbourg, Cabinet des estampes et des dessins. 

Présentation

Ancrées dans le temps long de l’histoire des techniques, de la construction architecturale, de la domestication et de l’acclimatation par l’homme des espèces animales, les volières constituent un objet de recherche interdisciplinaire qui offre de multiples points d’entrée pour étudier les liens, présents ou passés, qui unissent les sociétés à leur environnement, pour explorer la place des oiseaux dans les imaginaires collectifs, mais aussi apprécier l’originalité des œuvres ou des constructions dont l’une des fonctions est de représenter, de signifier ou de rendre effectivement présente la vie animale.  

Conçues principalement pour l’élevage, l’exposition et la conservation des oiseaux en captivité, les volières ont été déclinées historiquement dans une multitude de formes. À la différence des cages, qui sont des objets mobiles et de plus petites dimensions, celles-ci sont de véritables constructions qui s’inscrivent dans des ensembles paysagers ou architecturaux. Ouvrages hybrides et polymorphes, elles ont pour particularité de présenter des structures fortement ajourées, ce qui leur permet de fonctionner à la fois comme des bâtiments ouverts, des lieux de captivité et des dispositifs de présentation pour les collections animales. Les volières présentent en outre d’importants volumes, adaptés au vol des oiseaux sur de courtes distances : elles érigent le vol des oiseaux en spectacle pour un regard extérieur et tendent à célébrer comme un état de « semi-liberté » la captivité animale. 

Ces compositions spatiales et matérielles qui abritent, organisent et mettent en scène une communauté de vivants, sont douées en elles-mêmes d’un fort potentiel métaphorique qui en font souvent les vectrices d’une grande variété de discours, pratiques et représentations. Volières domestiques, zoologiques, cynégétiques, ornementales nous éclairent aussi bien sur les représentations de la nature et la place des humains en son sein que sur les conceptions morales, les hiérarchies sociales, les paradigmes scientifiques. Elles révèlent les dynamiques de circulation des objets, des êtres vivants, des savoirs et des idées, à l’intérieur des sociétés et entre les cultures, ainsi que les rapports de domination qui les sous-tendent. 

L’objectif de ce colloque international est d’explorer les principaux axes, domaines et thématiques d’une recherche interdisciplinaire sur les volières. Il s’agira également d’en préciser les matériaux, objets et modalités d’enquête, et d’initier de nouvelles lectures à travers des travaux inédits, soutenus par des méthodologies originales. 

Les participants sont invités à penser leur objet d’étude selon trois axes principaux : 

1/ Structures et dispositifs : constructions, expériences sensibles et esthétiques du vivant. 

Le premier axe de recherche envisage les différentes fonctions assignées aux volières – productives, ornementales, musicales, scientifiques, etc. à partir d’une analyse serrée des techniques, des dispositifs et des modalités de fonctionnement. Il touche à la conception architecturale, aux propriétés spatiales, visuelles et acoustiques, mais aussi aux techniques du corps et aux relations entre humains et animaux qu’elles induisent, aux formes de l’expérience sensible et aux affects. 

2/ Oiseaux encagés, oiseaux en collections : de la prédation des individus à la conservation des espèces animales.

Le deuxième axe s’intéresse aux oiseaux des volières en tant que cheptels mais aussi en tant qu’objets de collection. Il cherche à identifier les espèces, à analyser les techniques de chasse et de transport, à retracer la géopolitique des approvisionnements, à comprendre la logique des accumulations, classifications, catégories : oiseaux de bouche, de chant ou de proie, espèces indigènes ou exotiques, objets de délectation ou d’attachement, spécimens de science ou de patrimoine… 

3/ Volières comme systèmes symboliques : conceptions du monde, allégories morales, incarnations du pouvoir. 

Le troisième axe envisage les volières du point de vue des représentations, des idées et des valeurs. De conceptions spirituelles en paradigmes scientifiques, les volières au fil du temps recomposent les configurations du vivant et les conceptions de la nature : elles indiquent les bonnes façons de relier entre elles les différentes entités qui les constituent et de s’y situer en tant qu’humain. Leur étude dévoile les croyances, les cosmogonies, autant que les épistémès. Elle souligne les rapports de force au sein des sociétés et entre elles, pour l’accès et le contrôle des ressources faunistiques notamment.

Les interventions pourront prendre la forme de monographies, d’enquêtes régionales, de recherches thématisées et/ou transversales, mais aussi de propositions d’ordre technique, méthodologique ou épistémologique, dans une approche ouverte sur les sciences humaines, les sciences, la médiation des savoirs et la valorisation des patrimoines, en vue de révéler toute la puissance heuristique et la valeur didactique de ces natures en cages.

Disciplines concernées: architecture, histoire de l’architecture, des arts, du paysage et des jardins, arts décoratifs, anthropologie de la nature et du vivant, anthropologie historique, heritage studies, collecting studies, museum studies, gender studies, postcolonial studies, histoire culturelle, histoire sociale, histoire des sciences, histoire des techniques, scénographie, littérature, musicologie, archéologie du son, archéozoologie, sciences du vivant, ornithologie, éthologie, animal studies.

Mots-clés : volières – cages – oiseaux – captivité – chasse – jardins – paysages – nature.

Organisation du colloque

Les langues de communication sont l’italien, le français et l’anglais. Les interventions seront limitées à 25 minutes. Les travaux présentés au colloque feront l’objet d’une expertise en vue de leur éventuelle publication dans un ouvrage scientifique collectif. 

Candidatures

Les propositions d’intervention devront être envoyées par courriel,avant le 4 juillet 2019, à l’adresse suivante : patrizia.celli@villamedici.it

Elles devront compoter un titre, un résumé de 2500 signes maximum (espaces compris), ainsi qu’une présentation biographique de 1000 signes.

Les candidats seront informés de la sélection aux alentours du 15 juillet 2019par courriel.

Organisateurs Francesca AlbertiAcadémie de France à Rome – Villa Médicis ; Flaminia BardatiSapienza – Università di Roma ; Julien BondazUniversité Lumière Lyon 2 ;Emmanuel LurinSorbonne Université/Centre André Chastel ; Mélanie RoustanMuséum national d’histoire naturelle.

Coordination Patrizia CelliAcadémie de France à Rome – Villa Médicis.

Comité scientifique :Baudouin van den AbeeleUniversité catholique de Louvain/FNRS ; Adrian van AllenCalifornia Academy of Sciences, Berkeley ; Etienne Anheim(EHESS, Paris) ; Damien Baldin(EHESS, Paris) Cyrille BretHaute École des Arts du Rhin, Mulhouse et Strasbourg ; Hervé BrunonSorbonne Université/CNRS, Paris ; Alberta CampitelliVicepresidente dell’Associazione parchi e giardini d’Italia, Roma ; Claudia Cieri ViaSapienza – Università di Roma ; Allen GriecoHarvard Center for Renaissance Studies, Villa I Tatti, Firenze ; Frédéric KeckCNRS/Laboratoire d’anthropologie sociale, Paris ; Guy LambertÉcole nationale d’architecture Paris-Belleville ;Frédéric LaugrandUniversité Laval, Québec ; Iris LauterbachTechnische Universität, München ; Corinne Le BitouzeBibliothèque nationale de France, Paris ; Vanessa ManceronCNRS/LESC, Paris ; Anne MonjaretCNRS, Laboratoire IIAC-LAHIC, Paris ; Monique MosserSorbonne Université/CNRS, Paris ; Mauro MussolinKunsthistorisches Institut in Florenz –Max Planck Institut ; Natsumi NonakaIllinois State University, Normal ; Patrizia TosiniUniversità degli Studi di Roma Tre ; Anne-Gaëlle WeberUniversité d’Artois, Arras.

Workshop Paris 8-9 juillet 2019

Ancrées dans le temps long de l’histoire de la domestication et de l’acclimatation animales, déclinées dans une multitude de formes architecturales, les volières, prises comme objet de recherche interdisciplinaire, ouvrent de nombreuses portes sur les liens, passés et présents, qui unissent les humains à leur environnement, sur leurs représentations de la nature, mais également sur les dynamiques de circulation des êtres vivants, des techniques et des idées, à l’intérieur des sociétés et entre les cultures, incluant les rapports de domination qui les sous-tendent.

Ce workshop parisien s’intéressera en particulier aux imaginaires de la captivité, en partant des oiseaux de chasse, ainsi qu’à la dimension métaphorique des volières, du Moyen Âge au monde contemporain. Il est intégré au programme de recherche PuNaCa « Putting nature in a cage: an interdisciplinary research program on aviaries », soutenu par Sorbonne Université, et fait lien avec le colloque international « Encager le ciel : approches artistiques, historiques et anthropologiques des volières » qui aura lieu en février 2020 à Rome, en coopération avec l’Académie de France à Rome – Villa Médicis[1]

AAC : https://www.villamedici.it/fr/news-fr/appel-a-communication-encager-le-ciel-approches-artistiques-historiques-et-anthropologiques-des-volieres/

Lundi 8 juillet 2019 : journée d’études

Muséum national d’histoire naturelle, Jardin des Plantes, Amphithéâtre Rouelle, entrée 47 rue cuvier, 75005 Paris, métro Jussieu ou Gare d’Austerlitz

Matin : Chasses, captures et captivités

9h45-10h10 : Accueil et Introductionpar Flaminia Bardati, historienne de l’architecture, université de Rome La Sapienza, Emmanuel Lurin, historien de l’art, Sorbonne Université, Centre André Chastel et Mélanie Roustan, anthropologue, Muséum national d’histoire naturelle.

10h10-10h50 : Oiseaux rapaces sous contrôle : la fauconnerie médiévale à la lumière des sources écrites et figuréespar Baudouin Van Den Abeele, historien, université de Louvain/FNRS.

10h50-11h30 : Les volières du paradis : volières, élevage et chasse au domaine de Rambouillet (1783-1995)par Raphaël Devred, étudiant M2 Histoire environnementale (UVSQ-Paris-Saclay) et fauconnier (Espace Rambouillet).

11h30-11h50 : Pause café

11h50-12h30 : « Cargaisons ailées » et volières coloniales. Invention, marchandisation et mise en exposition des oiseaux du Sénégalpar Julien Bondaz, anthropologue, Université Lumière Lyon 2.

12h30-14h00 : Repas 

14h00-15h00 : Visite de la grande volière de la Ménagerie du Jardin des Plantes, en compagnie d’Aude Bourgeois, vétérinaire et éthologue au Muséum national d’histoire naturelle. 

Après-midi : Cages, imaginaires exotiques et érotiques

15h00-15h40 : La Midinette, la cage et l’oiseau : représentations féminines au tournant du XXesiècle, par Anne Monjaret, ethnologue, CNRS.

15h40-16h20 : Hommes ou oiseaux en cage : la fortune d’une métaphore à la Renaissance, par Francesca Alberti, historienne de l’art, Académie de France à Rome – Villa Médicis.

Pause

16h30-17h10 : Luxe et luxure : lois somptuaires et volaille sur les tables italiennes de la Renaissance, par Allen Grieco, historien de l’alimentation, Villa I Tatti Florence.

17h10 : Conclusions 

Mardi 9 juillet 2019 : Journée de visites 

Journée ouverte aux membres du comité scientifique et aux collègues ayant participé à la journée d’études

9h30-12h : Visite du Parc zoologique de Paris (ex zoo de Vincennes), en particulier : volière 1930 (rapaces) et volière 2014 dite « immersive ».

Déjeuner 

15h00-16h30 : Bibliothèque nationale de France, Département des estampes et de la photographie : présentation d’un choix de pièces (images ornithologiques, peintures chinoises, dessins, etc.) par Corinne Le Bitouzé, directrice-adjointe du département.

16h30-17h30 : réunion de travail avec les conservateurs (chantiers documentaires, possibilités de stages)


[1]Un premier workshop a eu lieu à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis, les 4-6 février 2019.

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